vendredi 26 juin 2009

"je met les pieds où je veux little john,... et c'est souvent dans la gueule"

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CHANSON DU FANTÔME

Je ne sais plus dans quel pays t'apparaître:
L'herbe est dorée autour de mon cercueil d'or.
Un rosier noir brûle aux grilles des fenêtres.
L'espace est libre entre la Vie et la Mort.

C'est une ville et la nuit tourne autour d'elle,
Pâle des fleurs de ses jardins suspendus.
C'est une nuit qui sourit quand on l'appelle
Et resurgit d'un monde à demi perdu.

Regarde-moi, même si rien ne t'incline
Vers ce fantôme aux yeux ardemment baissés ;
Je m'enfuirai par la porte des collines
Avec la brume et les chemins du passé.

C'est une nuit qui s'habille en courtisane
Mais ses péchés l'enivrent de désespoir:
Elle a voilé d'une étoffe diaphane
Ses cheveux roux et son corps de velours noirs.

Mais cette nuit me libère et me ressemble,
Je la caresse avec mes yeux tourmentés.
La Mort et moi ne savons que faire ensemble
Et je m'ennuie à longueur d'éternité.

Regarde-moi, puisque tu ne peux rien dire
A cette bouche à présent muette enfin.
J'aurai choisi pour te calmer d'un sourire
Ce sol obscur, pétri d'ombre et de jasmin.

Les grands oiseaux qui m'apportent des nouvelles
Me disent bien que tu souffres sans répit
Lorsque tu crois que mon corps ployant se mêle
A ceux des morts dans leurs tombeaux assoupis

Regarde-moi, puisque tu veux vivre encore
Et respirer dans ton enfer éclatant.
J'ai pris ton âme et l'emporte avec l'aurore
Sous le désert de mon suprême océan.

(L'Herbe et le feu, ed Seghers, 1958)
Anne-Marie De Backer

Posté par satan is kind à 02:02 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]


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