dimanche 14 mars 2010

zapbook045

ÉRYTHÈME DU DIABLE

Prince des Invertébrés, campanile éternel et obscène, croque mort de l'Astrolabe, je le vois poindre et grimacer, ce monstre agrégé, encaustiqué, poli aux encoignures, souple comme un trapéziste: je le vois sautiller à l'extrême pointe de la nuit, ce Maure vernissé aux douze nombrils de cuir, aux gencives damasquinées, galopant de lune en lune, tel le Corgète aux dents blanches de ces contes mi-persans, mi-macabres, que personne n'écrivit ni n'écrira.
Il s'approche de la rampe qui sépare le public mortel de la scène supranormale et salue, tandis que ses genoux fusent comme des brindilles de hêtre, et craquent sous le poids de son invisible et traditionnelle ironie. Et je puis tout mon saoul contempler face à face l'illustre coq-en-pâte e uniforme de mes cauchemars de première communion, l'intrus parfait, le réincarné formidable et rubescent, le crochu, le pendu, le folquimoldou, l'homme mygale au rire de chèvre et de serrure. Je le vois glisser sur la dure nuit et se vautrer sur le blanc des yeux des hommes endormis. Je le vois prendre possession des cerveaux clôturés et du secret des sexes, ce lampyre géant aux dents de sirène. Je le vois dodeliner, mouliguer, fornidre, fulpager et coboindre, ce Diable épique et sournois, un peu juif, un peu mélancolique, digne et funèbre, susceptible, tout juteux de bondissement et de farces, croustillant et solide ermite qui nous asperge d'un rire en geyser, d'un jet d'eau de confiture ésotérique, où nous nous mettons à piétiner avec nos pieds palmés et le varicocèle de nos méninges.
Le diable, c'est le vrai Seul. C'est la momie de gros calibre, une armoire à glace vivante que le Monde entraîne après lui depuis qu'il est monde, comme un chien trimballe, attachée à sa queue, la casserole des gosses à Poulbot. La première fois que j'entendis, tout jeune encore, ces deux vers sirotés par je ne sais quel poète du Chat-Noir:


J'ai mis le surplus de mon trop
Dans le néanmoins de ton pire...


j'ai compris que le Diable n'était pas loin, et qu'il allait me faire un croche-pied de troubade, une belle rosserie d'orteils dans un coin feutré du boulevard de Clichy. La chose ne se produisit que huit jours plus tard. Le Diable prit la forme de l'homme du gaz, et tandis que notre domestique s'exécutait, le démon me montra sa gibecière en peau de ministre où s'accumulaient les cendres éternelles de son Enfer portatif.


Leon-Paul Fargue.

Posté par satan is kind à 05:59 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur ÉRYTHÈME DU DIABLE Prince des Invertébrés,

    Je ne fume pas Je suis la personne la plus saine que je connaisse haha (à part quelques personnes moins âgées que moi & une autre fille encore pire que moi bien entendu). Mais à part les spliffs oui, je dois avouer que tout ça me tente de plus en plus, je suis attirée par le grand air, les éléments naturels pour toute compagnie, ces choses-là. Enfin bon, je veux un appareil photo avec, et de quoi dessiner aussi, tout de même. D'ailleurs — là j'avais écrit une apologie de ton art mais j'ai effacé parce que je ne sais pas, je n'aimais pas ça. Enfin je maintiens qu'après quelques semaines/mois ça dépend, la populace hype de la ville commencerait à rudement me manquer. J'aime mieux les photographies d'êtres humains que de paysage, et je trouve qu'un paysage, aussi magnifique soit-il, ne peut être que meilleur une fois peuplé, ne serait-ce que par une seule personne.

    Oh aussi, je trouve que tu ferais une bonne critique de cinéma, c'est un style très journalistique que tu as emprunté dans ton article sur ce film coréen, j'ai trouvé ça drôle.

    Ça vient de quel bouquin ce que tu as cité lààà ?

    Posté par décharnée, dimanche 14 mars 2010 à 08:03 PM | | Répondre
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